L'analyste

l_analysteRésumé : «Heureux 53e anniversaire, docteur. Bienvenue au premier jour de votre mort.» Lorsque lui parvient cette mystérieuse lettre de menace, l'existence jusqu'alors prévisible du docteur Starks bascule dans le chaos. Ce psychanalyste à succès se trouve subitement entraîné dans un jeu morbide conçu par l'homme qui se fait appeler Rumpelstiltskin, comme le mauvais génie du conte des frères Grimm. Les règles sont simples : Starks dispose de deux semaines pour identifier Rumpelstiltskin et les raisons de sa colère. S'il y parvient, aucun mal ne lui sera fait. Mais en cas d'échec, l'inconnu tuera l'un après l'autre les proches du docteur, jusqu'à ce qu'il accepte de se donner la mort...

Extrait : Il était tout juste minuit et il se sentait ridicule et plus seul que jamais.
Le cabinet était jonché de chemises de classement en papier kraft et de feuilles de papier, de piles de blocs sténo, de papier ministre, et un vieux magnétophone qui devait déjà être démodé dix ans plus tôt était posé au pied d'un tas de cassettes. Chaque pile représentait la maigre documentation qu'il avait rassemblée au cours des années sur ses patients. Il y avait des notes sur des rêves, des fiches où il avait gribouillé les associations d'idées essentielles pour chacun de ses patients, et celles qui lui étaient passées par la tête au cours du traitement : des mots, des phrases, des souvenirs révélateurs. Si une sculpture avait pu exprimer l'idée que l'analyse relevait autant de l'art moderne que de la médecine, aucune n'y serait mieux parvenue que le désordre qui l'entourait. Il n'y avait pas de formulaire méthodique indiquant la taille de chaque patient, son poids, la couleur de sa peau, sa religion, son lieu de naissance ou son pays d'origine. Il ne disposait pas de documents intelligemment classés par ordre alphabétique où figuraient la tension, la température, le pouls et une analyse d'urine. Pas plus qu'il n'avait de tableaux logiques et aisément accessibles où il aurait retrouvé la liste des patients avec leur nom, leur adresse, ceux de leurs proches parents et le diagnostic formulé pour chacun.
Ricky Starks n'était ni un spécialiste des maladies organiques ni un cardiologue ou un pathologiste qui cherche une explication claire aux maux de ses patients et qui conserve des notes abondantes et détaillées sur le traitement prescrit et les progrès accomplis. Sa spécialité défiait la science dont se préoccupent les autres formes de la médecine. C'est cette particularité qui fait de l'analyste une sorte de marginal dans l'exercice de la médecine et qui fait l'intérêt de cette profession pour la plupart des hommes et des femmes attirés par elle.

Mon avis : Ayant précédemment lu un autre ouvrage de cet auteur et vous en ayant d'ailleurs fait la critique ("Une histoire de fous") je réitère mon impression première sur l'auteur : à savoir une grande qualité dans l'écriture, le style, la construction de la narration, et bien évidemment dans le fond même de l'histoire.

Fond qui explore la folie sous un autre angle (bien que l'on puisse considérer les deux approches pas si éloignées que ça l'une de l'autre en fin de compte) : un homme équilibré et effacé qui sombre dans le désespoir et la paranoïa suite à une menace terrible.

Dans ce nouveau roman, John Katzenbach nous démontre que l'ordre, la minutie et la routine sont une forme de folie et surtout donnent aux autres (notamment les fous) une emprise d'autant plus importante sur ceux qui sont persuadés d'être sains d'esprit. Car qui n'est pas fou ?

Un psychanalyste ayant du passer par une thérapie avant d'exercer est-il tout à fait "normal" ? Imperméable aux soucis psychologiques qui assaillent ses patients ? Ce roman aurait tendance à nous dire que non car face à des menaces de violence, et même de mort, la folie s'empare de tous.

Reste à savoir jusqu'où cette folie peut entrainer le personnage principal avant qu'il ne reprenne le contrôle. Jusqu'à sa propre mort ? Sa rébellion ?

Les réponses à ces questions se trouvent dans le livre bien évidemment.

Auteur : John Katzenbach
Editeur : Pocket
Nombre de pages : 659 pages
Prix : 7,70 euros