Le royaume de Tobin - La révélation

tob4Résumé : Pour Tobin, le temps est enfin venu de révéler au royaume de Skala sa véritable nature, son destin de femme et surtout... de reine. Car l'empire est à l'agonie : maladie, misère et hordes d'envahisseurs à ses portes, le pays n'en finit pas de mourir. Aidée de la sorcière Lhel et d'Arkoniel le magicien, Tobin doit lever une armée pour sauver son peuple. Pourtant son pire ennemi est déjà dans la place...

Pour Tobin, le temps est enfin venu de révéler au royaume de Skala sa véritable nature, son destin de femme et surtout... de reine. Car l'empire est à l'agonie : maladie, misère et hordes d'envahisseurs à ses portes, le pays n'en finit pas de mourir. Aidée de la sorcière Lhel et d'Arkoniel le magicien, Tobin doit lever une armée pour sauver son peuple. Pourtant son pire ennemi est déjà dans la place...

Extrait : Ce premier hiver passé en compagnie de Kaulin et du petit Wythnir s'écoula paisiblement. Bierfût recevait à intervalles réguliers des courriers de Tobin et de Ki, ainsi que d'Iya, qui partageait désormais son temps entre ses voyages et des incursions plus fréquentes à Ero. Quelques remarques d'aspect anodin suggéraient à bon entendeur qu'elle avait découvert des alliés dans la capitale, tous magiciens qui se montreraient plus utiles en demeurant où ils se trouvaient qu'en venant rejoindre Arkoniel au fort.
L'existence à la Cour faisait le fond des lettres des garçons, mais dans celles qu'écrivait Tobin se lisaient en sombre filigrane inquiétude et mécontentement. Korin faisait de plus en plus la bringue, les humeurs du roi étaient des plus imprévisibles, et les aînés des Compagnons traitaient leurs cadets comme des moutards.
En revanche, Ki racontait gaiement leurs sorties ou évoquait l'intérêt que leur manifestaient diverses donzelles. Arkoniel soupçonna que ce dernier point devait être beaucoup moins au goût du petit prince ; les filles, il n'en soufflait mot, sauf pour signaler que l'une d'entre elles, avec qui ils s'étaient liés d'amitié, avait disparu dans des circonstances demeurées mystérieuses. Il ne fournissait que de vagues détails, mais le magicien eut l'impression désagréable qu'il subodorait qu'elle avait été assassinée.
Tandis que ce nouvel hiver s'achevait à son tour, l'attention d'Arkoniel se concentra tout autant sur ses hôtes que sur ses travaux. Ces derniers ne suscitaient guère qu'indifférence de la part de Kaulin qui, les qualifiant de "magie d'intérieur", préférait, quelque temps qu'il fasse, aller courir les bois. À peine installé à demeure, il s'était d'ailleurs si fort révélé du genre grognon qu'Arkoniel était tout sauf fâché de l'abandonner à lui-même.
Ce qui n'allait pas sans l'abasourdir, en revanche, c'était la négligence dont son collègue faisait preuve à l'endroit de Wythnir. Sans lui marquer véritablement d'aversion, il décampait souvent sans l'emmener, laissant à Nari le soin de s'occuper de lui comme s'il s'agissait d'un mioche ordinaire en manque de nourrice.
Arkoniel en fit l'observation à cette dernière un matin où elle s'activait dans le cabinet de travail avec son chiffon à poussière.
"Ce n'est pas un problème, répliqua-t-elle. Moi, je suis bien contente d'avoir de nouveau un gosse sous mon toit. Et Créateur sait que ce pauvre petit, ça ne lui fait pas de mal d'être un peu dorloté. Il est à peine sorti des langes et, magicien-né ou non, n'a jamais eu une seule âme qui se soucie de lui."
Arkoniel perçut un rien d'âpreté dans l'intonation. Il repoussa son journal de bord à demi rédigé sur un côté du bureau, pivota sur son siège et, relevant un de ses genoux, l'enlaça de ses doigts. "Il me semble bien que Kaulin le néglige un peu, mais, à leur arrivée, je ne lui ai pas trouvé si mauvaise mine que ça.
- Il ne crevait pas de faim, ça, je te l'accorde, mais tu as pu constater de tes propres yeux comment son maître se comporte avec lui. C'est tout juste s'il lui accorde un mot gentil de-ci de-là, quand il se donne seulement la peine de lui adresser la parole. Mais aussi, qu'en attendre d'autre ? Il ne l'a pris en charge que pour acquitter une dette.
- Comment le sais-tu ?
- Hé ! mais parce que Wythnir me l'a raconté", répondit-elle avec un petit sourire suffisant qu'Arkoniel surprit tandis qu'elle s'attaquait au nettoyage des fenêtres. "Et que j'ai soutiré quelques détails de plus à Kaulin l'autre jour. Le pauvre gosse avait été salement maltraité par son premier maître, un pochard, voire pis, d'après les recoupements que j'ai faits. Même avec Kaulin, qui s'en fiche manifestement comme d'une guigne, son sort ne pouvait que s'améliorer. Mais rien d'étonnant s'il a toujours des allures de petit fantôme." Elle épousseta un bougeoir en un tournemain. "Moi, ça m'est bien égal de l'avoir dans mes jambes, évidemment. Il ne me dérange aucunement. N'empêche qu'il est un magicien-né, et que vu la façon dont il s'est attaché à toi, tu pourrais peut-être t'intéresser un peu plus à lui, non ?
- Attaché à moi ? Il ne m'a même pas dit un mot depuis qu'il est ici !"
Elle secoua la tête. "Tu veux dire que tu ne t'es pas aperçu qu'il traîne toujours après toi et qu'il passe son temps à guigner la porte de ton cabinet de travail ?
- J'avoue que non. En fait, je croyais qu'il ne m'aimait pas."
Ses expériences antérieures avec Tobin n'avaient guère contribué à le guérir de sa timidité avec les mioches silencieux. "Chaque fois que je lui parle, il se fourre un doigt dans la bouche et se met à contempler ses pieds."
Nari fit claquer son chiffon vers lui puis gloussa. "Pouh, ça, tu n'as qu'à t'y faire ! Et puis tu as pris de ces petits airs tellement bizarres et grincheux depuis le départ des garçons...
- Pas du tout !
- Oh que si ! Nous, Cuistote et moi, ça nous est égal, mais lui n'est qu'un mouflet, et les mouflets, m'est avis que j'en sais plus long sur eux que toi. Fais-lui la grâce d'un sourire. Montre-lui un truc ou deux, et je te parie un sester que ça le réchauffera tout de suite."

À la surprise d'Arkoniel, Nari remporta la mise. Tout en demeurant timide et muet, l'enfant s'éclaira de façon notable quand le magicien prit le temps de l'amuser avec l'un de ses tours ou le pria de le seconder pour accomplir de menues tâches. Il était toujours maigrichon, mais la bonne chère de Cuistote avait déjà coloré ses joues pâlichonnes et rendu quelque lustre à sa tignasse brune hirsute. La conversation restait malaisée ; il ouvrait rarement la bouche, à moins de question directe, et encore ne répondait-il que par de vagues marmonnements.
Dans le cabinet de travail, toutefois, il suivait d'un œil vif, attentif et solennel chacun des gestes que faisait Arkoniel. Un jour, pour des raisons connues de lui seul, il offrit à celui-ci de lui montrer comment s'y prendre pour faire un charme porte-bonheur avec un bouquet de crins de cheval et de thym séché. Ce n'était pas là le genre de choses qu'étaient capables, à huit ans, de réaliser la plupart des gosses, même magiciens-nés. Et il eut beau le tramer avec une certaine gaucherie, le résultat ne s'en montra pas moins d'une solidité à toute épreuve. Les sincères éloges qu'en fit Arkoniel lui valurent le premier sourire qu'il eût jamais vu sur les lèvres du garçonnet.
Après ce menu succès, Wythnir commença véritablement à s'épanouir. Il semblait tout naturel de lui apprendre, et quelques leçons suffirent à révéler que Kaulin avait bien mieux rempli son rôle que ne le présumait Arkoniel jusque-là. En moins d'un an passé en sa compagnie, le petit s'était déjà initié à la plupart des sortilèges usuels et des charmes à feu, et il savait une étonnante quantité de choses sur les propriétés des plantes. Du coup, Arkoniel en vint à soupçonner que ce n'était ni l'ennui ni le désappointement qui dictaient la singulière désaffection de Kaulin pour l'enfant, mais bien au contraire le ressentiment causé par des dons trop flagrants.

Mon avis : Un quatrième volume qui s'avère aussi bon que ses prédécesseurs sinon meilleur. Ce qui est déjà en soi un très bon point.

Tobin a enduré avec de grandes difficultés le terrible secret de son identité. Secret qu'elle en peut même pas partager avec son fidèle et loyal écuyer Ki pour lequel elle éprouve une attirance de plus en plus nette. L'amour, et l'expression de sentiments n'ayant jamais été son fort, Tobin s'en trouve d'autant plus perturbée qu'elle fait l'objet des avances de lady Una. Et que dans le même temps, son oncle le roi Erius, et son fidèle conseiller le magicien Nyryn, le tiennent particulièrement à l'oeil.

Mais au delà des secrets, tobin fait ses premières armes en tant que guerrier et prouvera tout à la fois sa valeur, et l'incapacité de son cousin à faire ne serait-ce qu'approcher son sens du combat et de la tactique militaire (même de la capacité à mener des hommes).

Dès lors, lorsque surviennent les armées de Plénimar et que Ero tombe, Tobin se doit de sauver Skala. Pour ce faire, elle doit révéler sa véritable forme de fille et lever une armée qu'elle devra mener contre les Plénimariens... mais également contre les skaliens loyaux au roi Erius l'usurpateur et à son fils Korin.

Un déchirement de plus pour Tobin qui porte dans son coeur son cousin et ses Compagnons. Même avec toute l'aide du magicien Arkoniel, du capitaine Tharin, de Ki et du peuple d'Atyon dont il est le rejeton, le légitime héritier reste en proie au doute et à la peur de sa destinée et de l'échec.

Auteur : Lynn Flewelling
Editeur : France Loisirs
Prix : 9,95 euros
Nombre de pages : 464