La dernière légion

derni_re_l_gionRésumé : L'an 476 marque officiellement la fin de l'Empire romain mais il y a longtemps déjà que Vandales, Huns et Wisigoths ravagent et occupent la Gaule et l'Italie. Alaric a pris Rome et Constantin a choisi Byzance pour capitale. En détrônant l'enfant Romulus Augustule, le chef goth Odoacre met à mort l'Empire disloqué.
Le Barbare épargne néanmoins la vie du dernier des Césars adolescents. C'est l'exil, et la fuite vers les confins septentrionaux, sous la protection d'Aurélius, commandant d'une légion décimée. Une extraordinaire découverte, une épée à l'inscription mystérieuse, oriente alors le voyage : cette arme légendaire semble leur indiquer les brumes du pays breton...

Extrait : Que le temps a passé ! Qu'il a passé depuis les jours tumultueux de sang et de haine, depuis les affrontements , depuis les convulsions d'un monde agonisant que j'ai vu s'écrouler et que je croyais immortel, éternel. Et maintenant, alors que je m'apprête à faire le dernier pas, je me sens assailli par le devoir de transmettre l'histoire de ce monde agonisant, de raconter comment la dernière fleur de cet arbre sec fut transportée par le destin sur cette terre lointaine, pour y plonger ses racines et engendrer une nouvelle ère.
J'ignore si l'ange de la mort m'en laissera le temps, si ce vieux cœur résistera en revivant les sentiments si forts qui le brisèrent presque quand il était plus jeune. Mais l'énormité de cette entreprise ne me découragera pas. La vague des souvenirs monte comme la marée parmi les falaises de Carvetia, et voilà que reviennent des visions lointaines que je croyais évanouies, pareilles à une vieille fresque que le temps a fanée.
J'imaginais qu'il suffirait de saisir la plume et de commencer à tracer des signes sur cette toison pour recréer l'histoire, la faire couler comme un fleuve parmi les prés, quand la neige fond au printemps, or je me trompais. Les souvenirs sont trop nombreux, le nœud qui m'étrangle trop serré, et la main retombe, impuissante, sur la page blanche. Je vais d'abord devoir évoquer ces images, raviver ces couleurs, la vie et les voix que les années et l'éloignement ont affaiblies. Recréer aussi ce que je n'ai pas vu de mes propres yeux, comme le dramaturge qui représente dans ses tragédies des scènes auxquelles il n'a jamais assisté.
Il neige sur les collines de Carvetia. Tout est blanc, silencieux, et la dernière lueur du jour s'éteint lentement.

L'avis de Dazboness : Un peu d'histoire antique, un peu de légendes anciennes, un style d'écriture moderne efficace, et un brin de "magie". Voilà le cocktail qui compose ce roman de valerio Manfredi.
Grâce à une écriture sûre et efficace, l'auteur nous mène au coeur des luttes de pouvoir de la Rome du V° siècle, entre hordes barbares et citoyens romains. Entre soumis, vainqueurs, vaincus et rebelles.
Le fait de suivre les aventures d'un amnésique, devenu meneur malgré lui d'un groupe hétéroclites d'hommes et femmes qui vont entrer dans l'Histoire, voire peut-être même dans la légende.
L'ambiance de fin d'impérialisme latin en occident est très bien retranscrite dans ce livre et nous permet de mieux apprécier le ressenti des latins de l'époque, dépossédés de tout réel pouvoir, autant que la volonté farouche des "envahisseurs" germains d'imposer et renforcer leur autorité au sein de l'Empire, et ce jusque dans les plus hautes sphères.
La résistance de ces hommes et de leurs alliés bretons est des plus épiques et donnent des frissons à la lecture de chaque escarmouche, chaque embuscade, chaque poursuite. Les combats sont parfaitement traduits et traduisent toute l'horrible efficacité des soldats de l'époque.
La romance n'est pas oubliée mais sait servir le reste de l'histoire sans l'occulter ce qui est d'autant plus plaisant car celles-ci s'interpénètrent donc d'autant plus naturellement. Un véritable plaisir à lire.

Auteur : Valerio Manfredi
Editeur : Pocket
Prix : 8,10 euros
Nombre de pages : 537

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